Jan 16th 2013 01:37 pm Critique de Target Earth – Voivod

par Steve Dallaire

boulevardbrutal.com

Il est vrai que je suis un fan fini de Voivod. Cependant, le leitmotiv de Boulevard Brutal demeure le même, soit l’intégrité. Bref, on ne doit rien à personne. Alors si je vous dis aujourd’hui que ce nouvel album de Voivod est excellent, c’est que je le pense vraiment. Bien que je l’attendais avec impatience, j’avais toutefois quelques appréhensions envers Target Earth. Même si la formation actuelle avec Dan Mongrain à la guitare et le retour de Blacky à la basse a fait ses preuves en spectacle depuis 2008, serait-elle capable de pondre un disque à la hauteur des classiques comme Nothingface ou Dimension Hatröss tel que promis? La réponse est oui. En sacrement à part de ça.

Si tout comme moi vous aviez été un peu déçu par les récents enregistrements du groupe à tendance rock’n’punk avec Jason Newsted à la basse, bien dites-vous qu’enfin le sci-fi métal des belles années du groupe est de retour sur ce 13ème album. Vous n’êtes pas familier avec Voivod? Alors parlez-en à Sebbrutal, ce n’est pas de la musique qui s’apprivoise facilement, ça prend de la patience. Target Earth est un album extrêmement progressif avec des structures de temps non conventionnelles qui demandent plusieurs écoutes. Ce n’est pas demain la veille que Marina Orsini va faire jouer du Voivod dans son effroyable 5 à 8. Mais une fois que ce disque pénètre votre cerveau, il n’en ressort plus. Je l’écoute en boucle depuis une semaine, ça me prend ma dose à chaque jour. C’est heavy, hyper complexe et les influences de King Crimson et Van Der Graaf Generator sont toujours au tableau.

On connaissait déjà tout le talent du guitariste Dan Mongrain (Martyr), toutefois il avait tout un défi devant lui en succédant à Piggy. Sur Target Earth, Mongrain ne se contente pas de jouer la carte facile en ne faisant que copier le style du défunt guitariste. Il impose plutôt sa propre signature et certains de ses riffs n’auraient jamais pu voir le jour sur un disque de Voivod sans lui, particulièrement sur Empathy For The Enemy et Warchaic. Ce qui fait toutefois la grande force de cette galette est sans contredit le retour de la blower bass de Blacky. Sans vouloir dénigrer Jason Newsted ou les autres bassistes qui l’ont remplacé suite à son départ en 1991, l’essence même du son de Voivod, c’est Blacky. Il joue un peu à la manière d’un guitariste et le son qui en ressort se veut un amalgame de Lemmy de Motorhead et Chris Squire de Yes, tout ça livré avec le même niveau d’agressivité que Donald Brashear quand il n’a pas calé sa bière entre la 2ème et la 3ème période.

Pour ce qui est de la performance de Snake, il chante avec une confiance dans sa voix que je n’avais pas entendu depuis Nothingface. Le batteur Away me mentionnait en entrevue la semaine dernière que le processus de création et d’enregistrement pour Target Earth avait été fait de façon très naturelle, alors j’imagine que c’est la raison pour laquelle Snake réussit à interpréter ses textes noirs et fatalistes avec si grande aisance et attitude. Away quant à lui est fidèle à lui-même, son jeu à la batterie est toujours aussi brillant et éclectique. Du grand art. Il en profite même pour dépoussiérer son accordéon (?) sur Warchaic, ce qui donne un genre d’effet dramatique à la chanson.

Dès l’introduction de la pièce Target Earth, la batterie de Away et la basse brutale de Blacky ne font pas de compromis. On sait d’ores et déjà qu’on s’enligne pour toute une traite musicale. Dan Mongrain est un grand fan de l’album The Outer Limits et son jeu de guitare en milieu de chanson en témoigne. C’est d’ailleurs ce qui est agréable sur Target Earth, Voivod n’hésite pas à créer de quoi de nouveau tout en s’inspirant de son propre passé. Sur Corps Étranger, la première pièce en français de la formation, c’est le côté vieux thrash métal à la Ripping Headaches (de l’album RRROAAARRRR) qui ressort, tandis que sur Mechanical Mind, l’empreinte de Dimension Hatröss est on ne peut plus évidente.

La réalisation de Pierre Rémillard est remarquable, enfin Voivod a pu bénéficier d’un son en studio digne de leur talent. De tout le catalogue du groupe, Target Earth est sans aucun doute celui qui sonne le plus. De la dynamite!!! Tout comme Anthrax l’a fait en 2011 et Testament en 2012, Voivod prouve en 2013 que même après 30 ans de carrière, ils sont encore capables de botter l’arrière-train de la jeune génération métallique. Target Earth se veut une excellente introduction pour un néophyte de Voivod et un classique pour les fans de longue date.

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