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Nov 18th 2013 Un Chewy dans l’armée du Voïvod – Dan Mongrain inédite

Arsenic Le fanzine métal du Québec

Par Martin Guindon

Dan, notre dernière entrevue remonte à l’époque de FEEDING THE ABCESS [déjà 7 ans!]. On peut dire qu’il a coulé pas mal d’eau sous le pont Laviolette depuis. On ne reprendra pas d’aussi loin, mais on va se concentrer sur l’époque Voïvod. Comment les gars t’ont-ils recruté? Comment as-tu intégré le groupe?

En fin de compte, j’ai connu Blacky [Jean-Yves Thériault, bassiste] en 2002. Maurice «Rocker» Richard, un promoteur de Montréal, voulait faire un show pour fêter les 20 ans du métal. Il nous a tous réunis et j’ai connu Blacky là. Il y avait Blacky, Flo Mounier [batteur, Cryptopsy], Pierre Rémillard [guitare, Obliveon], Pat Mireault [voix, Ghoulunatics], Marc Vaillancourt [voix, BARF/Les Ékorchés] et moi. On faisait des covers de thrash. On faisait deux tounes de Voïvod. J’ai connu Blacky à ce moment. Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas joué de basse, je l’ai comme aidé à monter les tounes. Il a commencé à faire du son pour Martyr. J’ai croisé Michel [Away Langevin, batteur] et Snake [Denis Bélanger, voix] quelques fois. À un moment, on a eu la nouvelle que Piggy [Denis D'Amour, guitare] était malade. La fatalité a eu raison de lui. Ça nous a tous affectés. Je n’étais pas un proche de Piggy, mais j’étais un proche de sa musique. Depuis l’âge de 11 ans, mon band préféré c’est Voïvod. Tout ce que j’ai fait avec Martyr, c’est tout tiré de Voïvod directement, c’est une grosse influence dans mon style «compositionnel». C’est le band qui m’a convaincu d’acheter une guitare et de former un band. J’ai commencé à écouter du Voïvod avant de jouer de la guitare. À 11-12 ans, j’ai décidé d’acheter une guitare et de faire comme eux autres. Puis là, Piggy est décédé. Il y a eu un deuil à faire pour les musiciens, ils ont fait les albums avec les tracks que Piggy avait laissées. Je pense que c’était pas mal fini dans leur tête, ou bien ils réfléchissaient, ou ils ne savaient pas trop et avec raison. Puis on a fait les 25 ans du métal, avec le même promoteur, Maurice «Rocker» Richard, et on faisait cette fois-ci un hommage à Voïvod et Piggy en même temps. Moi, Blacky, Peter Jackson, anciennement de BARF, et Martin Fréchette, un chanteur de Lanaudière. J’avais monté le band et on avait monté un medley de 15 minutes de Voïvod. Snake, Away et la famille à Piggy étaient dans la salle. Ils nous ont vu jouer ça et ça respectait bien le son Voïvod et je pense que ç’a dû faire un déclic dans la tête de Snake et Away. À la suite de ça, j’avais aussi envoyé un e-mail à Away pour lui dire: «si jamais vous faites de quoi, un hommage, que vous remontez de quoi pour faire un événement spécial avec Voïvod, ce serait un honneur de jouer une toune avec vous autres». Je n’avais même pas dans l’idée que ça puisse donner autre chose. Ç’a fait boule de neige. À la fin de 2007 ou début 2008, Away continuait de recevoir des offres, ça n’arrêtait pas de rentrer, et là il y a eu cette offre de faire la 1re édition du Heavy MTL, où il y avait Iron Maiden et Mötley Crüe. Away a décidé d’appeler Blacky et de m’appeler pour reformer le groupe pour ce show-là. Ça ne devait être que pour un concert. Et à partir de là, le 2e show était Calgary, en 1re partie de Ozzy, puis après ça, on est allés à Tokyo [rires]. Ça n’a pas arrêté. C’était un rêve pour moi juste de faire un show ou une toune. Le monde a aimé ça, les gars ont voulu continuer à jouer. Dans le fond, la meilleure façon de rendre hommage à Piggy, c’est de continuer à jouer sa musique.

Puis là, vous avez fait plusieurs festivals, plusieurs shows…

Ah oui, on en a fait pendant quatre ans avant de commencer à composer ensemble. On a fait des tournées aux États-Unis et en Europe. On fait des gros festivals comme le Wacken [Open Air], le Hellfest, etc. On a joué dans une trentaine de pays. La réponse était écoeurante. On a fait tournée headliner en Europe ensuite. Il y avait du monde. J’ai toujours reçu des beaux messages et des beaux témoignages du monde qui connaissait Piggy, qui étaient fans de Voïvod et qui étaient contents de voir les gars sur scène. Ça nous a beaucoup encouragés pour continuer. Et à un moment donné, l’incontournable est arrivé d’essayer de composer des tounes ensemble…

Et c’est arrivé comment, justement? Comment avez-vous pris la décision de pousser la collaboration jusqu’à la création de nouveau matériel, jusqu’à la production d’un nouvel album de Voïvod?

Je pense que le déclic s’est fait quand on était en tournée avec Kreator aux États-Unis. Blacky et moi, on avait déjà composé des affaires ensemble pour un autre projet. Subtilement, j’ai fait jouer ça dans le «tour bus» en arrière. Away m’a regardé et m’a demandé: «c’est quoi ça?» [rires]. On s’en est parlé. On jouait tout le temps le même répertoire, avec plaisir, mais quand même. On s’est dit on l’essaie et si ça ne marche pas, ça ne marche pas, c’est tout. On l’aura essayé. Aucune loi ne nous empêche d’essayer. Puis, on s’est rendu compte que ça marchait bien. Au début, ç’a été difficile à starter, mais on a fait beaucoup d’improvisation ensemble. On se connaissait déjà beaucoup à cause de la tournée, musicalement et personnellement.

Mais vous avez créé comment? En jammant comme ça?

On a fait ça beaucoup. On a fait aussi chacun de notre bord des idées musicales et on s’envoyait des fichiers. Les riffs, c’est sûr qu’on en a composé par mal 50-50, Blacky et moi, au niveau des idées de riffs et idées de base de tounes, mais il y en a qui sortent carrément de jams. Ce qui est le fun avec Voïvod, c’est que tout le monde travaille sur la toune. C’est vraiment une sculpture collective, un trip collectif. Et ça, je n’avais pas vraiment connu ça avant. J’ai vraiment trippé là-dessus. Chacun amène sa touche et sa couleur. Pendant ce processus-là, j’ai compris que ce n’était pas juste Piggy, Voïvod. C’est sûr qu’il avait une identité très forte. Mais tous les membres du band ont une identité musicale très forte et c’est ce qui fait qu’il est multifacettes et profond musicalement.

As-tu dû te mettre dans un état d’esprit particulier? As-tu composé en Daniel Mongrain ou tu as voulu recréer les sonorités de Piggy?

Je n’ai jamais essayé d’imiter Piggy, parce que quand t’essayes d’imiter quelqu’un, c’est tout le temps de la copie. J’y ai été avec mes tripes, comme d’habitude. C’est venu naturellement. C’est le band que j’ai le plus écouté sur la planète. Ma job comme musicien pigiste quand je joue avec des artistes différents, c’est de m’imprégner d’un style. J’ai tout le temps eu une certaine facilité pour ça. Autant quand j’ai fait Gorguts, il a fallu je m’imprègne de leur musique qui est assez particulière. J’avais composé un bon tiers de l’album. Quand j’accompagne des artistes québécois dans le pop ou d’autres choses, c’est encore ça. Mais Voïvod, je suis imprégné du style depuis l’âge de 11 ans. C’est venu assez naturellement. Je ne me suis pas battu. En local, en jouant les riffs, il y a eu des fois de petits ajustements. Ah! le drum va faire ça, ok, je vais le changer un peu. C’était tout le temps modelé en groupe.

Est-ce qu’il y avait une orientation de départ? Je connais moi-même Voïvod depuis longtemps, et je trouve que les sonorités et musicalement, ça se rapproche beaucoup des quatre premiers albums…

En fait, on a le trois quarts de la formation de cette époque. Blacky a un son, une attitude à la basse électrique et à la composition. Tu reconnais sa signature. Ça faisait 17 ans qu’il n’était plus dans Voïvod. Il a vraiment sa personnalité sur ce disque-là. Le son de la basse et la façon dont il compose ses lignes. C’est toujours complémentaire à la guitare, ce n’est jamais copié-collé ou juste jouer la base du riff. C’est toujours en contrepoint, en complémentarité, un peu comme le bassiste dans Yes ou dans la musique plus contemporaine. Blacky a écouté beaucoup de contemporain, de classique et de la musique de film. Ça fait partie de son jeu. C’est un des éléments forts qui fait en sorte qu’on est retourné plus dans ce style-là. Je pense aussi que tout le monde filait pour faire de quoi d’un peu plus progressif, d’un peu plus intrigant au niveau musique que les deux derniers, qui étaient plus rock… et à cette époque, c’est ce qu’ils voulaient faire et c’est bien correct. C’est sûr que le line-up change naturellement la direction, ça s’est dirigé vers là tout simplement.

C’est un album très inspiré, on le sent à l’écoute… vous, sentiez-vous que vous touchiez à quelque chose plus ça avançait?

Oui, plus ça avançait et plus ça prenait forme, on se disait: «me semble que c’est bon, me semble qu’on trippe à faire ça». Tant mieux si ça se sent, parce que c’est vraiment ça qui s’est passé. On est bien fiers, bien contents de ça. Ç’aurait pu être une catastrophe, tsé. Ç’aurait pu… mais les fans l’ont très bien reçu, les critiques aussi. C’est vraiment un beau trip.

Vous avez enregistré ça au studio [Wild Studio, à Saint-Zénon] de Pierre Rémillard [Cryptopsy, Obliveon, Misery Index]?

Toutes les tracks ont été enregistrées là ou à peu près toutes. Il y en a eu un petit peu dans un studio de nos amis de Grimskunk à Montréal. Travailler avec Pierre, c’est toujours le fun, on le connaît bien. C’est un pro, on aime bien ça travailler avec lui, ça fait longtemps qu’on le connaît.

L’album est sorti sur Century Media, ce qui demeure un major dans le métal extrême… Je ne sais pas dans le contexte d’aujourd’hui, avec la musique numérique, etc. Est-ce que ça donne encore un gros plus de faire affaire avec un label comme ça?

Ah oui. Le réseau est large, la machine est bien graissée. Autant en Europe qu’en Amérique, c’est facile. La promotion, le support et c’est bon pour eux autres aussi d’avoir Voïvod. C’est quand même un groupe qui a marqué la musique métal progressive. On est bien content du travail qu’ils font pour nous. Il y avait quelques labels d’intéressés, et ç’a fini par être eux autres.

J’imagine que tu vis quelque chose d’assez exceptionnel avec Voïvod? Je regardais le DVD au Japon… tu n’aurais sans doute jamais pu vivre ça avec Martyr.

On espère tout le temps avec un band. On pousse, on pousse, on pousse. On y serait peut-être arrivé à un moment donné. Mais bon, finalement, la vie a fait en sorte que ce n’est pas ça qui se passe.

Avec Voïvod, il y a des portes qui s’ouvrent comme pour le Wacken Open Air par exemple…

Oui, c’était déjà ouvert à Voïvod et quand il y a eu le comeback entre guillemets, ces portes-là se sont toutes rouvertes assez facilement. Mais ç’aurait pu ne pas fonctionner, mais je pense qu’on donne un bon show. La preuve, c’est quand on retourne dans certains pays… la première année, c’était bien, mais on a vu une progression, les gens viennent de plus en plus nombreux, les salles sont plus grosses et il y a vraiment un engouement par rapport au retour du band. Ils savent que le show est bon. C’est aussi vraiment le fun de voyager partout sur la planète comme ça. Je ne pensais jamais vivre ça. J’y ai toujours rêvé, j’ai fait de la tournée aux États-Unis et au Canada. La première fois que j’ai pris l’avion pour aller… bin, au Japon, avant d’aller en Europe, je suis allé au Japon. Visiter des villes, rencontrer du monde, ça n’a pas de prix. C’est vraiment trippant.

Tous les membres de Voïvod ont un surnom. Toi, c’est Chewy?

J’étais un Star Wars geek quand j’étais jeune. Quand j’avais les cheveux jusqu’aux genoux, je ressemblais à Chewbacca et je criais fort, ç’a fini par coller. Ils ont essayé plein d’autres affaires, mais celui-là est resté.

Avec Voïvod, ça te limite pas mal dans tes autres implications, ou bien si tu réussis quand même à faire d’autres projets?

J’ai toujours eu un paquet de projets et ça ne m’a jamais limité. J’ai déjà eu 12 groupes en même temps et j’étais capable de fournir. Là, je choisis mes projets. Je suis un peu moins partout. Je continue de faire de la pige, parce que j’aime ça et ça me tient en shape pour d’autres styles de musique. J’enseigne au cégep à Joliette à temps plein depuis 7 ans. Ça va super bien. Je donne des cours de théorie, de combo, d’instruments…

Et Martyr, est-ce que c’est toujours présent dans ta vie?

Je te dirais que je suis passé à autre chose. Je ne me reverrais pas retourner au micro et recommencer à gueuler comme je faisais. C’est autre chose aujourd’hui. Et c’est bien correct.

Est-ce que tu travailles sur d’autres projets musicaux?

Oui, j’ai un hommage au progressif que je suis en train de remonter avec mes chums. Ça s’appelle Jurassic Rock. Ça va être du Genesis, du Kansas, du King Crimson, toutes sortes d’affaires de même. Tous des top musiciens, des chanteurs exceptionnels… c’est vraiment un trip de musiciens. J’ai un band de compo aussi avec Martin Carbonneau, qui était dans Martyr [guitariste]. On travaille là-dessus un peu à temps perdu. Sinon, je continue à jouer avec Dan Bigras une fois de temps en temps, Breen Leboeuf. À la pige aussi, des fois je fais des projets en studio. Il y a un gars qui m’a appelé pour un album progressif qui va bientôt sortir, qui va s’appeler Drumesis. C’est un batteur [rires]. J’ai tout le temps une couple de solos à faire sur des albums. Les gens m’appellent. Je continue de rouler ma bosse. Je n’accepte pas n’importe quoi ni dans n’importe quel contexte. Comme musicien pigiste, t’acceptes tout à moment donné, parce que tu veux gagner ta vie avec ça. Jusqu’à ce que j’enseigne au cégep, je faisais tout, tout le temps, et je gardais assez d’énergie pour mes propres projets. Disons que Martyr, ça m’a épuisé de pas mal tout faire tout seul et de ne pas avoir d’implication des autres membres ou du moins, d’une minorité, alors j’ai fini par tirer la plogue.

La question pas rapport, même si elle a un peu rapport en même temps. As-tu entendu le nouvel album de Gorguts?

Un petit peu. J’ai entendu des extraits. J’ai félicité Luc [Lemay], je lui envoyé un message pour lui dire «Bravo, je suis bien content pour toi, c’est ça que ça fait la persévérance. Je n’avais pas de doute. Luc est un passionné et il est avec d’autres passionnés, des gars bien créatifs, dont John qui est ici ce soir avec Origin, Colin… Quand Luc décide de faire de quoi, il ne le fait jamais à la moitié. Ça lui aurait pris 12 ou 13 ans, ce n’est pas important. Il le fait vraiment par passion. Félicitations à Luc.

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